"Red Devils", face Nord-Ouest de l'Aiguille du Midi (3842m), M7-90°-1000m

L'escalade mixte est probablement la plus complexe des pratiques de l'alpinisme. Le froid, la neige, la courte durée des journées, les prises verglacées, les possibilités de protections difficiles à déchiffrer, les sacs alourdis de vêtements chauds donnent une dimension d'exigence située à des années lumière de la badine montagne estivale. A contrario de celle-ci, le champs des possibles de le saison froide est encore vaste. Evidemment, il ne faut pas se leurrer, les grands itinéraires ont été tracés ! Nos anciens, alliant talent et courage, ont raflé le pactole. Des générations surdoués ont ensuite bien entamé le gâteau. Gabarou, Long, Marsigny, l'exceptionnel trio Rhem/Vimal/Ravanel, Parkin, Renault, Twight, Pessi, Benoist, Herry, Belleville... Reste donc les miettes et quelques pépites de chocolats par ci de là.
La longueur mythique de la première partie
Tout comme il y a plusieurs façon d'interpréter une oeuvre d'art, chacun "lira" la montagne avec ses propres yeux. Dans ce grand jeu qu'est l'alpinisme, chacun est libre de jouer la partition à sa manière, la règle de base restant le "by fair mean". Pour moi, cela veut dire en libre, sans user de spit et si possible avec un nombre restreint de pitons. C'est l'exigence anti-spit qui m'a ainsi fait renoncer à tracer une sortie directe aux "Flammes de l'Enfer" cet hiver à l'aiguille des Pèlerins. Qu'importe, la boite à souvenirs s'est enrichie de ces expériences où alternent, sans cesse, doute et enthousiasme. Le doute sur l'issue et l'enthousiasme de vivre l'instant présent.
La longueur clé du bastion sommital, vue du relais
La longueur clé du bastion sommital
Je ne cherche pas à "ouvrir pour ouvrir" mais plutôt à provoquer ces situations extrêmement passionnantes de face à soi. Une fois La ligne élue et Le moment supposé idéal atteint, une partie de mes pensées se focalise sur l'objectif. Les photos sont gravés en mémoire, l'itinéraire envisagé défile encore et encore, les risques potentiels de chaque section sont envisagés. La mort fait partie des options, toujours. Je ne veux pas faire croire que ce que je fais est dangereux, loin de là. Simplement, je suis trop vieux pour ne pas penser qu'ici l'erreur d'appréciation, l’inattention se paierait autrement que cash. Le "coup de pas de chance" reste l'épée de Damoclès qui domine tout ça.
 La nuit précédant le départ, c'est cette perspective qui me hante et m'empêche systématiquement de fermer l’œil. Ce stress qui jusqu'à l'heure du départ voudrait me faire filer vers ma femme et mes enfants plutôt que de m'exposer une fois de plus.
La rimaye franchie, je laisse faire l'intuition des expériences passées (celles rangées dans la boite) associée à la technique affinée au fil des ascensions précédentes.
L'omniprésence de l'action supplante la peur.
Les dés sont jetés.

Cette voie est dédiée aux enfants victimes de l'attentat de l'Arena de Manchester. Les Red Devils sont les membres de l'équipe de football du Manchester United mais ce nom pourrait aussi caractériser l'ensemble des "ratés maléfiques" qui sème le malheur dans des actes lâches.

Vidéo de l'ascension
                                                               
L'ouverture s'est faite en 2 temps mais est réalisable sur une grande journée (15h) en prévoyant un bivouac au Plan et une nuit au refuge des Cosmiques. La première fois, avec Lulu Boucansaud et Gérémy Rakowski, nous sommes partis du Plan de l'Aiguille. Compter 1h30 à suivre la trace qui méne aux Grands Mulets. A partir de là, rester au maximum main gauche au cas où le sérac... remonter la pente de neige sur 30 minutes jusqu'à la rimaye. Fin de la zone exposée, on peut se détendre. Aprés avoir gravi le premier ressaut, environ 100m de rocher type "oisans" en 4,
L'attaque semble être protégé des chutes de séracs du Glacier Rond. 2 jeu de coinceurs à cames .4 au 2 et un jeu simple 000 à .3 ainsi qu'un 3.
Les possibilités dans le bastion sont multiples, photo ci-dessous.


Récit